Album de famille


Plétor

Plétor est né à Orval en pays Falanje, gentiment vallonné et richement boisé. Mais voyez-vous, le petit Plétor est né avec l'auriculaire gauche en moins; un peu comme si quelque chose l'avait mordu et avalé, mais sans cicatrice aucune. Par deux fois durant son enfance, des voyageurs de passage se penchèrent sur son anomalie, prétextant pouvoir lui faire repousser un doigt tout neuf. Le premier était un jeune homme bien de sa personne et érudit à souhaits; cela fait bien longtemps déjà et Plétor n'avait alors que quelques mois. Il s'enferma seul dans la chambre parentale avec le nourrisson et en ressortit au bout d'une heure l'air dépité, et se fondit en excuses devant ses parents avouant qu'il avait présumé de ses capacités. Le second était un homme sans âge, étrange et taciturne, n'aimant guère la compagnie: un bien drôle de voyageur en vérité. Il réclama alors un bout d'ongle de l'enfant qui devait avoir maintenant sept ou huit ans. Puis il disparut deux jours complets dans la forêt et en revint très las. Il déclara alors que:" Nul ni personne ne pourrait un jour accomplir un tel miracle car il en allait ainsi du rêve des Dragons.". Ces termes restèrent incompris, mais on ne va pas à l'encontre de la volonté des Dragons ; c'est depuis lors que Plétor fit son deuil de son petit doigt.

Les saisons s'égrénèrent et, au fil du temps, le petit Plétor devint un homme entre la maison familiale, les champs et la cahute de la mère Goriote. Cette dernière faisait office de rebouteuse, diseuse de bonne aventure, de conteuse lors des réveillons de fête, etc... et était un ancienne voyageuse installée au village depuis des années. De la ferme, il apprit la valeur du travail et la vie au grand air; de la Goriote,à lire, à écrire, à soigner et les rudiments de quelques autres sciences. Le temps faisant son oeuvre fauche les âmesà l'aveuglette, et celle de la mère Goriote n'y fit pas exception. La mort de la vieille dame signa le départ du "voyage" de Plétor, il avait alors dix-neuf ans.

En une semaine, Plétor prépara minutieusement ses affaires et son voyage. A cet instant, celui-ci ne devait pas le mener plus loin que la cité Halabar, la capitale du pays Falanje. Arrivé au bout de son voyage, Plétor visita la grande cité princière d'Halabar dans le but avoué de ramener contes et légendes à narrer le soir au coin du feu. Mais là, il y fit une découverte qui changea à tout jamais sa vie sous la forme d'un tome intitulé: "A la gloire du chevalier Morisse".

Ce dernier fut, au début du troisième âge, le sauveur d'Halabar, alors qu'une modeste bourgade, en repoussant à la tête de son armée une horde de saures migrateurs jusqu'au bord des Limbes. Le manuscrit, qui décrit par le détail la dernière bataille, stipule que le dit chevalier Morisse perdit son auriculaire gauche dans une "goutte de Limbes". Mais plus que cet épisode, c'est la gravure sur la dernière page du livre qui frappa son imaginaire. Elle représente le chevalier lui-même en armure, la hallebarde à la main droite, un doigt en moins à la gauche, derrière lui se tenant son destrier, et en fond la ville telle qu'elleé tait à l'époque. Mais son visage n'aurait pas été plus ressemblant si c'était Plétor lui-même qui avait posé pour l'artiste.

Un déclic venait d'avoir lieu dans son esprit: il venait de faire la découverte d'une de ces réincarnations passées. Combien lui en restait-il donc encore à découvrir? Dix? Vingt? Cent?... Il n'en avait aucune idée, mais ce qui était certain c'est que son handicap, sa différence était devenu un atout: il pouvait dès lors entamer une quête: retrouver ses autres lui-même en recherchant dans le passé des personnages à l'auriculaire gauche manquant. Ce qui pouvait advenir au cas où il réussirait dans son oeuvre, peu lui importait; seul ce savoir le fascinait. Il travailla un temps à Halabar, pour se payer un livre vierge et un matériel d'écriture portatif afin de commencer son journal. Il y fit le résumé de sa vie jusqu'à ce jour sans y omettre un condensé de la vie du chevalier Morisse telle qu'il l'avait lue. Il décalqua même la gravure de celui-ci, et sur la page d'en face, y fit faire son portrait par un artiste du cru. Enfin, il intitula son journal: "Du chevalier Morisse à Plétor, ou l'itinéraire d'un voyageur à neuf doigts".

Puis ce fut le temps d'un second départ. Il écrivit une lettre d'excuse qu'un groupe de voyageurs en direction d'Orval colporta, ramassa ses affaires et reprit la route vers de nouveaux horizons. Voilà maintenant trois ans que Plétor parcourt les rêves, mais il n'a recueilli que de maigres indices, fragmentaires et peu vérifiables.Toutefois sa détermination n'est pas altérée et son désir de connaissances plus fort que jamais.

Plétor est un jeune homme amène et sympathique, aimant la compagnie. Il est érudit d'un savoir simple et utile, et aime à partager son savoir en d'interminables discutions, rhétoriques et narrations. Il est aussi minutieux dans ses recherches et note scrupuleusement tout fait important dans son journal de son écriture minuscule, nerveuse et passionnée, y adjoignant croquis et schémas le cas échéant. Il n'apprécie guère la violence, mais sait s'y résoudre si nécessaire. Sachant jouir des plaisirs simples que la rude vie du voyage a à offrir, Plétor est devenu un cuisinier digne de ce nom, apprenantà faire pour le mieux avec ce que la situation présente lui propose. D'un physique moyen et d'une taille itou, c'est un jeune homme châtain aux yeux gris-vert arborant fièrement la tenue un peu usée du voyageur expérimenté: protection de cuir souple et un dague pour tout armement, son barda le suivant sur le dos d'une chamule nonchalante.


Crédits

Thierry Charrot

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