Album de famille


Léna-Rhéa de Grisboisé

Tout a commencé il y a environ de cela 21 ans, à l'heure du Poisson Acrobate. Qu'est-ce qui a commencé? Ben...vous devinez pas? Z'êtes sûr que vous devinez vraiment pas? Est-ce que ça veut dire que je vais être obligée de le dire? Bon, d'accord, je vais vous le dire. Ce qui a commencé à l'heure du Poisson Acrobate, le 6ème jour du mois du Vaisseau, c'est ma vie. Vous voulez savoir ce qui vient après? C'est que c'est gênant, raconter sa vie à quelqu'un. Puisque vous insistez, je vais faire un gros effort.

Voilà: j'ai passé toute mon enfance chez moi, dans la forêt, pas très loin du village de Frilen. Je vivais avec ma maman, mon papa et mon grand-papa. Ma maman était douce et gentille et mon papa il était bon et gentil. Rien à redire. Par contre, mon grand-papa, c'était quelqu'un très bizarre. Ma maman m'a expliqué que c'était un monsieur qui avait voyagé toute sa vie et qui était trop vieux et trop faible pour s'en retourner chez lui et que elle et papa avait décidé de l'héberger jusqu'à sa mort. Bref, c'était pas vraiment mon grand-papa mais moi je l'appelais grand-papa parce qu'il aimait bien se faire appeler grand-papa. Je disais donc que grand-papa était bizarre. Il avait des tas d'idées étranges et oubliais parfois des petits trucs sans importance. Son nom, par exemple. Ça, y'est jamais arrivé à s'en souvenir. Mais c'est pas grave, il était très gentil quand même. C'est lui qui m'a appris presque tout ce que je sais, y compris mes connaissances du Haut-Rêve.

Bon, là je vais vous raconter quelque chose mais y faut me promettre de pas le raconter à personne.

Si mon nom est si long, c'est à cause des habitants de Frilen. Voyez-vous, ils ont une hiérarchie bien spéciale. Elle se divise en trois niveaux: Ceux qui appartiennent à la plus base caste, les paysans, ne portent qu'un prénom. Ceux de la seconde caste, les bourgeois, portent un prénom et un nom. Enfin, ceux qui ont le rang le plus élevé, i.e. le seigneur et sa famille, portent deux prénoms et un nom.

Au départ, je m'appelais Rhéa tout court. Mais voilà qu'un jour (Est-ce que j'avais 15, ou 16 ans?) le seigneur du village, le grand Frileu, et une partie de sa famille tombèrent malades. Ils étaient pris de gros, gros frissons et ils avaient très, très froid, même s'il faisait chaud dehors. La grosse madame qui faisait du pain, au village, m'a dit que ça faisait ça à tous les cent vingt-trois ans, que le grand Frileu allait mourir et qu'on allait en nommer un autre.

Moi, je trouvais pas ça très correct et c'est pour ça que j'ai été voir grand-papa pour lui demander s'il pouvait pas faire quelque chose. Il m'a regardé avec un drôle d'air (quand il me parlait, il me regardait toujours avec un drôle d'air) et m'a dit de le suivre dans la forêt. Il m'a emmené dans la clairière avec le gros chêne et m'a dit d'examiner l'écorce de l'arbre avec attention pour trouver le pouvoir de guérir le Frileu, la Frilotte et les petits Frilets. Et j'ai VU! Il y avait un signe draconique juste là! Un gros! Après que je l'ai compris, grand-papa m'a dit, les yeux dans le vague (je crois qu'il aimait bien se donner des petits airs, dans les moments importants): Rhéa, ma petite, le Frileu, ben, y'a une entité de cauchemars dedans lui, faque tu vas la sortir de là!"

De retour au village, grand-papa m'a emmené jusqu'au Frileu. Heureusement qu'il était là, grand-papa! Sinon, je me serais jamais rendue jusqu'à la maison du Frileu, y'avait beaucoup trop de monde, c'était gênant! Le Frileu était découragé et il était prêt à tout essayer. Quand j'ai essayé de faire partir l'entité de cauchemar de lui, ça a marché. Sur le coup, il était tellement heureux qu'il m'a donné un deuxième prénom et un nom de famille. Ça faisait "Léna-Rhéa de Grisboisé". Grand-Papa avait l'air plutôt content. Quand ça été le tour de la Frilotte, ben, ça été un peu moins bien... En fait, j'ai complètement raté mon coup. Si j'avais eu le temps d'y penser, j'aurais probablement voulu disparaître six pieds sous terre, tellement j'avais honte, mais j'ai pas eu le temps d'y penser parce que le plancher en-dessous de moi est devenu violet. Et qu'il m'a avalée. Et que j'ai perdu conscience.

Quand je me suis réveillée, ce que j'ai vu en premier, c'était le jaune. Ben oui, il y avait un jaune au plafond. Ce que j'ai vu en deuxième, c'était le Frileu et la Frilette. Mais ils avaient un petit quelque chose d'étrange. J'ai pas compris tout de suite, mais quand ils se sont mis à me parler et que ça a fait "Groink, groink" dans leur bouche, j'ai compris! Il s avaient été transformés en groins! Ça m'a fait très peur, parce que j'ai eu peur d'être transformée en groine. C'est pour ça que je suis sortie en courant de la maison du Frileu. Tout le monde dans le village était devenu un groin! Même la grosse madame qui faisait du pain! Rendue à l'entrée du village, je me suis regardée dans l'étang. Ouf, j'étais pas une grouine!

Quand je suis revenue à ma maison, il y avait plus de maison. J'ai eu de la peine! En plus, j'étais toute mêlée, je comprenais plus rien. Et plus tard, j'ai compris: j'étais passée par une déchirure du rêve et j'étais tombée dans un village comme le mien, mais plein de grouins. J'avais plus rien à faire là et c'est pour ça que je suis partie sur les routes, pour rencontrer des gens qui ont perdu leur chez-eux comme moi, et peut-être aussi pour retrouver mon village, pas de groins...


Crédits

Christine St-Laurent

Personnage joué dans la campagne Rêve de Dragon de Martin Savard
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