Album de famille


Blacques Jacques

C'est il y a bien longtemps, sur la côte occidentale du Faramindi, pays peuplé d'hommes à la peau aussi brune que le bois d'ébénier vivant dans d'étranges cités aux murs de terre cuite, pays aux richesses minières et naturelles incommensurables, loin au sud de nos terres civilisées, que naquit Jacques. A vrai dire, celui qu'on s'était mis amicalement à surnommer Blacques Jacques n'y était pas né sous une bonne étoile. Et moi, Iléossude le Boccacien, votre humble narrateur, ancien étudiant de l'Académie des Sept Sciences Draconiques, me suis pris d'affection pour cet être souffrant d'une carence bien particulière. Mais commençons plutôt par le commencement: le jour de notre rencontre.

Donc, je m'étais embarqué à bord de la Palombe Bleue, une goëlette en partance pour le lointain Faramindi, en vue d'une expédition scientifique sur place. En fait d'expédition scientifique, je lassai bien vite la prérogative des études demandées pas l'Académie des Sept Sciences Draconiques à mes confrères pour me consacrer au cas unique de Blacques Jacques que nous avions recueilli chemin vogant. Voilà ce qu'il nous raconta de sa vie tel que m'en souviens aujourd'hui:

"J'ai vingt deux ans et je suis né à N'Goyo. C'est un petit village de pécheuws au sud de Mawvella la Magnifiscente, notwe capitale." Je me permet de rempplacer les -r- par des -w- pour rendre l'effet de son accent. "A huit ans déjà, il m'était awwivé moultes péwipéties et désagwéments dont je vous passe les détails. Ow, c'est duwant l'été apwès mon huitième pwintemps qu'awwiva lévènement intwinsèquement le plus impowtant de ma vie, celui qui allait en changer wadicalement le couws. Alows que mon fwèwe et moi-même avions pwis la piwogue pouw pawtiw à la pèche, notwe fwèle esquif fut attaqué paw une cawavelle de négwiers. Matuwin, mon fwèwe ainé, fut tué en nous défendant, et moi emmené sans ménagement jusqu'à l'île de Towtaj où on me vendit comme esclave le même jouw que la piwogue. Et me voilà devenu boy du tewwible Bawbe Vewte le Sanguinaiwe, la tewweuw des sept mews. Mais son weigne incontesté suw l'eau de tout le wêve a été bwutalement intewwompu paw le célèbwe cowsaiwe Suwplouf. Et me voilà pwomu au wang de souffwe-douleuw du capitaine à celui non moins envié de pwisonnier de guewwe. Et comme tout pewsonne à bowd, je pwenais dès lows pawt aux appaweillages, et devint en deux ans un bon cowsaire de sa wesplendissante majesté. Alows que nous étions pwesque en vue de notwe powt d'attache, le vaillant Suwplouf, même lui n'est pas invincible, plia sous les coups de la mawine de la Gwande-Cownouaille. Et je fut encowe une fois sujet de pwise de guewwe, puis élevé au supwème wang de galléwien. Et j'ai ainsi wamé pendant cinq années de souffwance. Mais un jouw, qu'on était en pawtance pouw les côtes de mon twès chew Fawamindi, la galèwe essuya une tewwible tempête twopicale, et elle sombwa cowps et âme."

Et pourquoi j'arrête là son récit me demanderez-vous? Tout simplement, parce que c'est à ce moment que nous l'avons trouvé, encore enchaîné à la rame qui lui servait de bouée. Nous l'avons soigné et le capitaine l'engagea comme mousse. Mais, le croirez-vous ou pas, le reste de notre trajet qui devait durer trois semaines tout au plus nous prit un peu plus de trois mois: nous avons connudès lors et pèle-mêle tempêtes, calmes plats, écueils, hauts-fonds, incendies, avaries de tout bord... et même les pirates. Il est toutefois à porter à sa décharge, que lors de l'attaque de ces derniers, Blacques Jacques nous fut d'un extrême secours: sa seule présence sur notre bâtiment rapportée par un pirate à son capitaine a convaincu ce dernier de renoncer à l'abordage. Il y eut aussi cette fois où, voulant pécher la mordine, celle qui frétillait au bout de sa ligne se trouva être au goût d'une grande bulette bleue. Il fut bien sûr emporté par le grand carnassier et on le repécha de justesse avant que la bulette ne le happe en guise de plat de résistance.

Et ce fut ainsi jusqu'à notre arrivée à Marvella. Là, il insista pour nous accompagner dans notre mission afin de pouvoir nous rembourser sa "dette". Et il réussit à nous convaincre de l'accepter malgré la réticence de bon nombre de mes collègues. Les péripéties du même ordre continuèrent à se produire une fois à terre. Mais sa présence parmi nous me permettait de continuer à étudier son cas. Or, on s'attache malgré tout facilement à ce genre de personne et ce fut un déchirement pour moi que de devoir le quitter à la fin de notre mission au Faramindi.

Mais vous n'êtes pas obligés de croire à tout ceci, à une vieille histoire narrée par un vieux monsieur. A moins que vous ayez déjà croisé lors de vos pérégrinations ce bel éphèbe à la peau d'ébène, à la musculature fluide et nerveuse comme celle d'une panthère rousse, et à la coiffure faite d'une centaine de minucules tresses attachées en queue de cheval par un anneau d'argent, en permanence vêtu d'un fuseau rayé jaune et vert, d'une paire de sandales, d'une boléro de cuir bordeau, et d'un superbe baudrier noir festonné où repose une épée cyane dans un foureau assorti.

Le fin mot de cette histoire sera pour vous présenter les résultats des observations que j'ai effectuées sur cet étrange individu. Il m'est d'avis, après toutes mes recherches et l'âge de la sagesse venant, que le malheureux devait souffrir d'une sorte de Tête ou Queue de Dargon, ou plus exactement de quelque chose entre les deux que je nommerais une "Empreinte Draconique", permanente et très vraisemblablement archétypiquement héréditaire. Cette "tare" le prive indubitablement de chance; mais les conséquences de cette malchance chronique ne peuvent, et là aussi ce n'est qu'une déduction gratuite, en aucun cas lui être fatales ni sévèrement handicapantes: ce qui, paradoxalement, lui assure une vie longue..., et pénible. J'ai écrit un essai à son sujet que j'ai intitulé "D'aventures en mésaventures" qui m'a valu un certain respect de mes pairs et les félicitations du Doyen de l'Académie des Sept Sciences Draconiques. Et maintenant que j'ai pris sa place, j'ai tendance à voir d'un bon oeil les recherches originales et innovantes de mes jeunes confrères.

"De Blacques Jacques"
par Iléossude le Boccacien,
Doyen de l'Académie des
Sept Sciences Draconiques.


Crédits

Thierry Charrot

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