Elfenland (et Elfengold)

Posté le 16.05.2016

Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus joué à Elfenland, que ce dernier n'apparaissait même pas dans mon blog. Il est donc plus que temps de rendre justice à ce grand ancien, qui n'a pas pris une ride.

Elfenland, c'est d'abord une longue histoire. Publié à l'origine sous le nom d'Elfenroads, ce jeu d'Alan Moon est rapidement devenu mythique, autant grâce à sa qualité qu'à son faible tirage. En 1998, il est réédité sous le titre Elfenland, amputé d'une partie de ses règles pour être plus familial. Cette version manque presque totalement d'intérêt. Heureusement, la partie manquante paraît en 1999, sous le nom d'Elfengold. Pour finir, Elfenroads est réédité en 2015, avec une variante, Elfensea, que je ne connais pas.

Tout cela est bien beau, mais de quoi cause-t-on? Elfenland est un jeu qui met en scène le problème du voyageur de commerce: comment passer par toutes les villes d'une région entière de la manière la plus efficace? Un problème qui ne connaît pas de solution mathématique précise, car sa complexité augmente exponentiellement avec le nombre de lieux à visiter.

Ce problème annonce la couleur: il ne va pas être facile pour les joueurs d'accomplir cet objectif, surtout que la concurrence est rude et les interférences nombreuses.

Bon, reprenons. Chaque joueur incarne un jeune Elfe, qui doit parcourir le Pays des Elfes en guise de rite de passage à l'âge adulte. Ce pays est constitué de 20 villes, réparties dans des régions à la géographie variée (plaines, montagnes, déserts, etc.). Pour les parcourir, il va falloir combiner le bon moyen de transport (qui dépend de la géographie locale) et les cartes de transport qui vont avec (pour "payer" le passage).

Les cartes de transport sont piochées au début de chaque tour. C'est une ressource dont la rareté fait beaucoup pour la tension du jeu. Il y a toujours moyen de payer beaucoup de cartes pour passer à peu près n'importe où, mais le nombre limité de cartes rend cette option dangereuse à utiliser.

Les moyens de transport sont vendus aux enchères à chaque tour. Le but, bien sûr, est d'acquérir les moyens correspondant aux cartes que l'on détient. Mais ceci est loin d'être la garantie d'un voyage harmonieux. En effet, la phase suivante est la pose des moyens de transport sur le plateau de jeu, une phase qui chauffe encore plus que celle des enchères.

Les villes sont reliées par des routes, ces dernières ne pouvant accueillir qu'un moyen de transport chacune. Les joueurs posent un moyen de transport à la fois, chacun son tour. On se retrouve vite embêté lorsqu'un joueur pose sur une route que l'on désirait emprunter un moyen de transport pour lequel on n'a pas de cartes correspondantes. Les changements de plans sont fréquents, alors que l'on tente de replacer ses moyens de transport sur un itinéraire bis.

A la fin de chaque tour, tous les moyens de transport sont retirés du plateau, la réserve de chacun est réduite à deux moyens et quatre cartes maximum. La partie se déroule en six tours. La vainqueur est celui qui a visité le plus de villes différentes et qui termine la partie le plus proche de son village natal. Un vrai défi! Surtout si l'on mentionne encore que chaque trajet effectué rapporte de l'or (utile pour les enchères) selon la ville atteinte, qu'il existe des magiciens rares, mais puissants, permettant de se téléporter, on encore que les routes peuvent se retrouver ornées d'obstacles, augmentant le coût du voyage.

Elfenland avec Elfengold est une vraie perle, dont la qualité ne s'est aucunement altérée avec le passage des années. Aucun autre jeu, à ma connaissance, n'est venu battre cet ancêtre dans son créneau. Le seul point faible est la durée: à six joueurs, il faut compter entre trois heures et demie et quatre heures pour une partie, ce qui demande plus qu'une petite soirée entre amis. Par contre, on ne s'ennuie pas un instant. Les fortes interactions qui existent dans le jeu maintiennent une tension permanente et c'est plutôt surpris, que l'on découvre en relevant le nez, que plusieurs heures ont passé.