Wastburg

Posté le 14.12.2012

Alias avait parlé de Wastburg avec enthousiasme au moment même où je me lamentais sur Elantris. Ces deux livres se ressemblent autant par leur thème qu'ils diffèrent par leur traitement. Elantris est exactement ce que Cédric Ferrand, l'auteur de Wastburg, semble reprocher à la fantasy, si l'on en croit la citation de China Mieville mise en exergue (et qui commence par: "Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy"). Ici, comme dans Elantris, la magie a soudainement disparu. La ressemblance s'arrête là.

Wastburg est une ville comme on peut en imaginer au Moyen Age: des ruelles tortueuses, transformées en rivières boueuses dès qu'il pleut, des constructions anarchiques et bancales, tout un petit peuple qui vit comme il peut, alternant travail réglo et petites compromissions pour nouer les deux bouts. On trime, on sue, on pue, on vole, on se bourre la gueule, on s'étripe et on meurt, tel est le quotidien de Wastburg. Le tout servi par un style où l'argot abonde, permettant une excellente immersion.

Ils étaient nombreux, jactaient avec des accents pas très wastburgiens et avaient la colère facile. Et comble du malheur, c'était Graft qui savait siffler pour appeler du renfort, Raemster n'avait jamais été foutu d'apprendre à chuinter comme un homme.

Les protagonistes principaux sont des membres de la Garde, corps vaguement policier, qui tente de maintenir l'ordre dans la ville, avec plus ou moins de rigueur et d'enthousiasme, selon les personnes et selon les jours. Et les éventuelles incitations financières. L'histoire est un enchaînement de saynètes, impliquant presque toutes des gardes. Certaines sont reliées entre elles pour constituer une trame de fond, mais cela reste assez ténu. C'est d'ailleurs mon reproche principal: cette absence d'intrigue forte m'a parfois empêché de crocher et a ralenti mon envie de lire. De plus, le feu d'artifices final (au sens propre du terme) arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

Que ce reproche ne vous arrête pas. Wastburg se lit peut-être plus comme un guide de la ville que comme un roman d'aventures, mais c'est un guide rudement bien écrit, souvent poilant et qui réconcilie avec une vision du médiéval-fantastique éloignée des archétypes mille fois ressassés.

Une fois encore, je remercie Alias pour le prêt (et je vais m'arrêter là, étant reparti de chez lui l'autre jour avec un semi-remorque; Dieu le lui rendra au centuple; il faudra changer d'appartement).