A Vancouver, tourne à gauche

Posté le 26.05.2013

Il y la consommation locale et la consommation amicale. C'est encore mieux que les deux se combinent: Sébastien Chion est originaire d'Isère et, même s'il a beaucoup roulé sa bosse, c'est là qu'il est revenu finaliser son premier livre. Pour les rôliste assidus, ce nom ne devrait pas être totalement inconnu: Paul et Pascaline Chion ont été les fondateurs et éditeurs de remarquable Dragon Radieux. Sébastien est un de leurs fils (tout cela ne nous rajeunit pas).

Sébastien a un âme de vagabond et d'explorateur. Après dix ans passé à Montréal, il lâche tout, s'achète un van à pois verts qu'il baptise "Pourquoi pas?" et avec lequel il s'élance à travers le Canada. Et un vague plan de route: aller à Vancouver et tourner à gauche. Ses voyages se prolongeront bien au-delà, vers l'Australie, entre autres. Ils ne sont sans doute pas finis.

A Vancouver, tourne à gauche est inspiré de ces pérégrinations. Comme l'explique l'auteur, il ne s'agit pas d'un simple carnet de voyage, ni d'une autobiographie. Plutôt une forme de fiction basée sur des décors et des rencontres réels. Sébastien a appelé ça de l'"autofiction".

J'ai beaucoup aimé ce livre, qui devrait être suivi de deux autres. C'est un récit paisible. Même s'il ne s'agit pas de faits exacts, on sent que l'auteur a pris son temps pendant ce voyage, qu'il s'est laissé aller au gré des rencontres et autres inspirations. Cela fait indéniablement envie. Quelle belle initiative de prendre son temps en notre siècle frénétique! Chaque découverte, que ce soit d'un lieu ou d'une personne, est l'occasion de réflexions introspectives ou philosophiques, dans un ton toujours très humain et parfois touchant.

La lecture d'A Vancouver, tourne à gauche fait du bien, elle fait rentrer un vent frais et paisible dans les écoutilles. Ma seule (petite) frustration est avec cette notion d'autofiction. On sent bien que l'on est proche de l'autobiographie, mais on est prévenu que ce n'en est pas une. Du coup, on essaye de deviner à quel point on est proche de la réalité, un petit jeu frustrant, surtout quand on connaît l'auteur et que l'on aimerait bien savoir ce qu'il a vécu exactement. Je suppose qu'il ne reste plus qu'à l'inviter pour une bouffe s'il passe par Genève (oui, Séb, c'est une invitation officielle), histoire d'en parler entre quatre yeux.

Je vous encourage vivement à lire ce livre, surtout que Séb a fait le pari osé de l'auto-édition, afin de préserver son projet éditorial. A Vancouver, tourne à gauche est un très chouette livre, en même temps qu'un bel objet.