Un cantique pour Leibowitz

Posté le 31.12.2014

Bien que ce livre de Walter Miller figure parmi les classiques de la SF, je dois avouer que je ne l’aurais sans doute jamais lu si je ne l’avais reçu d’un ami, qui se débarrassait de quelques services de presse. J’ai été titillé par le thème post-apocalyptique. En effet, après m’être frotté, non sans douleur, à ce genre d’univers avec Apocalypse World, j’étais curieux de voir comment il était traité dans ce livre, qui promettait d’être radicalement différent que, par exemple, La terre sauvage de Julia Verlanger.

Un cantique pour Leibowitz prend l’approche d’une communauté monastique qui tente de préserver des connaissances au milieu de la barbarie dans laquelle a sombré le monde. Le livre se découpe en trois parties, chacune séparée par quelques siècles de la précédente.

Dans la première partie, le monde est encore en pleine barbarie. Après l’apocalypse nucléaire, les survivants se sont vengés sur ceux qu’ils avaient perçus comme les responsables du massacre: les scientifiques et leurs savoirs. Les savants ont été poursuivis comme des sorcières, les universités et les bibliothèques rasées. Le monde est redevenu un lieu d’ignorance et de violence, parsemé d’êtres plus ou moins monstrueux, rejetons des retombées radioactives. Dans cet univers hostile, une petite communauté de moine célèbre la mémoire de Leibowitz, un des derniers savants connus, et fait sienne la mission de sauvegarder autant de savoir que possible, en prévision de l’époque où une nouvelle civilisation émergera.

Ce qui arrive dans la seconde partie. Le monde se restructure (dans le sang de la conquête, bien sûr) et de nouvelles universités voient le jour. Une mission se rend ainsi à l’abbaye de Saint Leibowitz, pour évaluer la valeur des documents préservés depuis des siècles par les frères. Le contact entre moines et scientifiques ne se fait pas sans frottements, qui ne peuvent que laisser l’abbé de l’époque émettre de sombres prophéties.

Le dernière partie dépeint un monde qui ressemble fort au nôtre, surtout à l’époque de la Guerre froide: deux grands blocs se font face, chacun possédant l’arme nucléaire. La guerre froide deviendra-t-elle chaude et les moines seront-ils partis pour sauvegarder une nouvelle fois le savoir de l’Humanité?

Bien que le ton du livre soit souvent humoristique, Un cantique pour Leibowitz est loin d’être drôle, voire résolument pessimiste quant à la capacité des humains à surmonter la tentation de la violence. Il nous livre une vision bien malthusienne de la société, avec le vague espoir que certains maintiennent un semblant de civilisation grâce à leur foi.

J’ai trouvé les différentes parties de ce livre inégales. La première est franchement très drôle, en particulier car elle se moque clairement de la religion et de ses coutumes. La deuxième représente clairement une transition, sur fond de débat entre science et religion, la perte de l’Eden après avoir accédé à l’arbre de la connaissance est un thème récurrent. Quant à la troisième, elle est trop prévisiblement pessimiste pour être vraiment plaisante. Pas un mauvais livre, donc, mais qui ne trouvera pas son public auprès de n’importe qui.