The City & The City

Posté le 08.10.2012

Après Un Lun Dun et sa Londres-miroir, China Miéville nous entraîne ici à Besźel et sa ville double Ul Qoman, un genre de Buda et Pest aussi intriquées que des particules élémentaires. The City & The City est un roman policier. Une femme est retrouvée morte dans un parc de Besźel et l'inspecteur Borlú est chargé d'élucider le crime. Mais rien n'est simple dans cet endroit étrange, situé quelque part en Europe de l'Est ("beszél" veut dire "parler" en hongrois), où deux villes sont véritablement superposées.

Besźel et Ul Qoman occupent en effet la même région. Leur frontière est partout, à chaque coin de rue, au milieu des maisons. Pas question pour autant de passer d'une ville à l'autre. Dès leur plus jeune âge, les enfants d'une ville apprennent à ignorer l'autre. Quand ils voient ou entendent quelque chose de l'autre ville ils doivent le "dé-voir" ou le "désentendre". On pardonne leurs écarts aux enfants, mais pas aux adultes: un adulte qui reconnaît consciemment une activité de l'autre ville, ou qui franchit la frontière commet une Brèche. Et on ne rigole pas avec Brèche, entité mystérieuse dont les agents interviennent sans délai.

Du coup, quand une chercheuse débarque comme un chien dans un jeu de quilles en disant qu'elle est sur la piste d'une troisième ville, cachée dans les interstices des deux autres, elle énerve beaucoup de monde, notamment chez les extrémistes, qu'ils soient séparatistes ou unificationnistes. Jusqu'à finir morte dans un parc, avec un inspecteur de police bien embêté.

China Miéville livre encore une fois un roman très original, bizarre et prenant. Ces villes voisines qui ne doivent pas se voir ne sont pas sans rappeler de nombreux endroits du monde où deux peuples se côtoient sans se regarder, sans se connaître, voire sans vouloir se connaître. Et dans nos rues, combien de fois essayons-nous de "dé-voir" des gens qui nous dérangent?