Shriek: an Afterword

Posté le 06.04.2012

Shriek: an Afterword, de Jeff VanderMeer, est un genre de suite à City of Saints and Madmen. En fait, c'est une grosse postface. Indépendante. Et qui possède sa propre postface, d'ailleurs. VanderMeer aime bien les mises en abyme.

Pour comprendre Shriek: an Afterword, il faut avoir une idée de City of Saints and Madmen. Comme j'ai lu ce livre avant de tenir un blog, je n'en ai pas de trace ici. Par contre, j'ai retrouvé ce que j'avais écrit à l'époque où j'échangeais ces chroniques par mail. Je vous le livre ici (je restaurerai peut-être un jour ces anciennes chroniques):

Difficile de classer ce livre, même s'il se trouve généralement dans la rubrique SF/Fantastique. Dans la mesure où il s'agit d'un monde imaginaire à une époque plutôt renaissance, ça pourrait être du méd-fan, mais les reliquats de technologie en feraient plutôt du steampunk, sauf que ça n'y ressemble pas du tout. Bref, c'est inclassable, ce d'autant plus que les quatre histoires qui composent ce recueil sont très différentes de ce que l'on trouve en SF. En effet, il y a beaucoup de recherche dans le style narratif, ce qui n'est pas le cas de la SF habituelle.

Les quatre histoires tournent autour de la ville imaginaire d'Ambergris. La première raconte l'amour impossible d'un ancien missionnaire avec un automate. Bien, mais c'est encore la moins frappante du lot. La 2ème est un guide de la ville d'Ambergris. Au début, j'étais perplexe: un guide? touristique? En fait, c'est très drôle, car c'est écrit du point de vue d'un historien que ça emmerde d'écrire un guide touristique et qui en profite pour régler ses comptes avec d'autres historiens dont il ne partage pas les points de vue. La 3ème histoire touche au chef-d'oeuvre, n'ayons pas peur des mots. Elle tourne autour d'un peintre qui, globalement n'a produit que des croûtes, sauf une série de 6 tableaux absolument géniaux, dont l'inspiration reste un mystère total. L'histoire est divisée entre les explications d'une critique d'art qui tente de comprendre le changement et le récit des péripéties du peintre lui-même. La dernière histoire met en scène l'auteur lui-même, pensionnaire d'un asile de fous et qui essaie de convaincre ses geôliers qu'il est sain d'esprit et qu'il sait très bien qu'Ambergris n'existe pas réellement, mais ce n'est pas si simple. En bref, un must!

Shriek: an Afterword donne une autre image du monde d'Ambergris. Le niveau technologique semble plutôt être du début de notre XXème siècle, mais sans l'industrialisation. Et il n'y a décidément pas de vapeur. Là n'est pas l'essentiel, de toute façon. La deuxième histoire mentionnée ci-dessus était un guide historique écrit par un certain Duncan Shriek. Sa soeur, Janice Shriek, est, quant à elle, la galeriste de la troisième histoire. C'est elle qui écrit cette postface, pour soutenir l'image de son frère, décrié pour ses théories historiques dérangeantes. Janice écrit ce livre comme une forme d'hommage à son frère disparu. Mais c'est elle qui disparaît finalement, et Duncan qui retrouve son manuscrit et l'annote, avant de disparaître définitivement lui aussi. Le manuscrit est enfin publié plus ou moins tel quel par l'éditeur qui signe la postface de la postface.

VanderMeer signe donc encore une bizarrerie, un livre inclassable, un peu biographie, un peu récit historique (imaginaire), un peu aventure. Ce sont plutôt des personnages qui se livrent, tout en donnant un éclairage nouveau aux événements de City of Saints and Madmen. C'est un livre où il ne se passe pas grand-chose, mais que j'ai trouvé néanmoins très plaisant, surtout par le lien avec City of Saints and Madmen. Inutile, à mon avis, de lire Shriek: an Afterword sans avoir lu son prédécesseur. Que j'ai d'ailleurs bien envie de relire pour le coup. Surtout que j'avais acheté, entre-temps, la version grand format, qui contient pas mal de matériel en plus de l'édition de poche. Affaire à suivre.