Où on va, papa?

Posté le 19.11.2010

On dit parfois de livres qui nous ont émus qu'ils sont "beaux et touchants". Dans le cas d'espèce, voici un livre moche et touchant.

Ce livre raconte l'histoire de son auteur, Jean-Louis Fournier, et de ses deux enfants, lourdement handicapés. Il prend la forme d'un recueil de petits textes, souvent d'une demi-page, voire une page de long, parfois jusqu'à deux ou trois. Ce sont des réflexions, des impressions, des observations, des pensées, liées à la situation de l'auteur et à ses enfants. Ami de Desproges, Jean-Louis Fournier pratique lui aussi un humour très noir. Parfois, l'humour manque. Certains passages sont juste noirs. Bref, c'est parfois drôle, d'autres fois franchement abrasif.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là et devient troublante. A première vue, ce livre est une autobiographie. J'aurais pu m'arrêter là, mais j'ai cherché à en savoir plus sur l'auteur. J'ai ainsi appris ce livre est plutôt un roman, certes inspiré du vécu de l'auteur (Fournier a bien eu deux enfants handicapés), mais largement plus sombre que le vrai tableau. Pour autant, Jean-Louis Fournier a utilisé les vrais prénoms de ces enfants. L'ex-femme de Fournier a créé un site pour rétablir la vérité, notamment pour parler de ses enfants, moins fortement handicapés que dans le tableau brossé par le livre. Plusieurs passages du site ont dû être retirés par décision de justice, ce qui ne fait qu'amplifier le trouble.

Au final, je suis donc plutôt perplexe, voire même fâché. Où on va, papa? n'est pas sans mérite. Je me suis reconnu, en tant que parent d'un enfant handicapé, dans certaines des situations qu'il décrit. Certains de ses propos sont crus, mais ont le mérite d'être francs, ce qui ne me déplaît pas. Mais pourquoi cette duplicité sur la nature autobiographique du livre? Pour faire vendre? Le livre me touche nettement moins maintenant que j'ai vu la face cachée de l'histoire et je ne peux m'empêcher de ressentir l'impression d'avoir été abusé. Dommage.

En tout cas, je recommande quand même aux âmes sensibles de s'abstenir. Contrairement à la citation d'une journaliste sur le quatrième de couverture, ce livre n'est pas "léger".