Mimosa

Posté le 14.04.2012

Mimosa est le second livre de Vincent Gessler, après Cygnis. Changement radical, aussi bien de thème que de style, la grande qualité littéraire étant toujours au rendez-vous. Mimosa se passe dans un futur que l'on devine relativement proche, sur une Terre battue par les horreurs climatiques, encore vivante malgré tout, bien que la matière naturelle se fasse rare. La mode du moment est de se faire modifier pour ressembler à un personnage connu, prétexte pour l'auteur à blagues, coups de gueule et hommages.

Tessa, l'héroïne du livre, est une détective privée. Dans le monde de Mimosa, les privés se substituent souvent à la police. Ils ont des permis officiels pour cela. L'histoire commence alors que Tessa et ses associés traquent un quelconque trafiquant. Les choses partent très vite en sucette. Tessa a ferré un gros poisson et les gens commencent à tomber comme des mouches autour d'elles, le calibre des tapettes à mouches augmentant régulièrement. Il apparaît vite que Tessa n'a pas une piste à suivre, mais que c'est elle-même qui est au centre de l'intrigue.

Chercher une réponse en soi-même est loin d'être simple dans un monde où l'on peut se cloner et transférer ses mémoires. Mimosa explore ainsi le thème de l'identité: qu'est-ce qui nous constitue? Un événement définit-il notre comportement même s'il s'agit d'un souvenir implanté? Un clone avec un faux passé a-t-il quand même une personnalité? Que ressent l'intelligence artificielle qui sert de maman à un clone? Et, de toute façon, qui est vraiment qui, dans un monde où les gens copient les célébrités?

– C'est parti mon kiki!» résonne la voix de Jésus sur le canal de combat.

Mimosa réussit un tour de force rare. C'est en même temps un livre drôle, parce que les aventures sont rocambolesques et la violence outrageuse, sans oublier de nombreux clins d'oeil liés aux sosies, un livre prenant, car l'intrigue est palpitante, et un livre avec un fond sérieux, car les interrogations sur l'identité ne sont pas vaines. Le livre pose de vraies questions, qui mènent à un final tout à fait satisfaisant (suivi de divers délires, dont je ne dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise, ni le plaisir).

J'ai retrouvé avec Mimosa la saveur des anciens romans cyberpunk, comme Neuromancien de William Gibson ou Gravité à la manque de Georg Alec Effinger (qui comptait aussi son lot de sosies et d'implants de personnalité). Un vrai retour aux sources, qui m'a autant emballé que rajeuni. Dans ma bibliothèque, Gessler est à côté de Gibson et c'est très bien ainsi.