Le Maître de Garamond

Posté le 09.08.2006

Ah, l'excellent livre que voilà. Je suis trop enthousiaste pour attendre la fin de cet article pour vous dire tout le bien que j'en pense. Un vrai bonheur!

Maintenant que j'ai fini de sautiller, passons au détail. Le Maître de Garamond, d'Anne Cunéo, raconte l'histoire d'un certain Antoine Augereau, maître imprimeur à Paris au début du 16ème siècle et grand créateur de polices de caractères, dont l'histoire attribuera plutôt la paternité à son apprenti, Claude Garamond, qui sera, lui, le premier à se spécialiser dans le métier de créateur de polices. Ceux qui touchent un tant soit peu à la mise en page auront déjà entendu parler du nom de Garamond.

Si le livre se passe donc dans le milieu de l'imprimerie, son contexte est beaucoup plus large, puisque l'imprimerie a été un des moteurs de la Renaissance: grâce aux livres imprimés, le savoir sortait des mains des ecclésiastiques. Des imprimeurs comme Augereau n'étaient pas de simples imprimeurs, mais des savants et humanistes, dont la mission était de répandre le savoir. Augereau a été le premier à créer des polices romaines, justement pour aider cet élan. Auparavant, tous les livres étaient imprimés en gothique, particulièrement difficile à lire. Dans le même mouvement, certains militaient pour des livres en français et non plus exclusivement en latin, afin que le savoir puisse se répandre encore plus largement.

Or, si des poètes comme François Villon composaient leur poèmes en français, le point focal de toute cette activité était la traduction de la Bible, avec une volonté de dépoussiérer le texte, en partant des originaux en grec. Cela rejoignait le mouvement de la réforme lancé par Luther. Cette entreprise attira sur les imprimeurs les foudres de la Faculté de Théologie de la Sorbonne. Plus d'un imprimeur finit sur le bûcher, dont Augereau.

Le Maître de Garamond est passionnant à plus d'un titre. D'un point de vue strictement personnel, ayant travaillé quelques années comme infographiste (plus un certain nombre d'autres années en amateur), j'ai un intérêt très net pour la typographie. Au-delà de ça, la période décrite est extrêmement intéressante. J'avais tendance à ne penser à la Réforme que comme une histoire purement religieuse, mais elle s'inscrivait dans une véritable lame de fond culturelle, qui a bouleversé toute l'Europe. Cette imbrication entre la Réforme et les autres révolutions de la Renaissance apparaît clairement dans ce livre, ce qui rend sa lecture passionnante. Qui plus est, le style d'Anne Cunéo est des plus agréables.

Il n'y a vraiment aucune raison de vous priver de ce bouquin!