La Zone du Dehors

Posté le 05.08.2015

La Zone du Dehors est le premier romain d’Alain Damasio. Dans un futur pas si lointain, la Terre a été dévastée par des guerres successives. Fuyant le chaos et la pollution, des colonies ont été créées dans le système solaire, dont Cerclon, sur un astéroïde orbitant autour de Saturne.

Cerclon est une expérience, la tentative de créer une société pacifiée, où les horreurs de la Terre ne se reproduiraient jamais. Tout y est parfaitement réglé. Chaque citoyen occupe la place qui lui revient, réévaluée à intervalle régulier. Cette place lui vaut un nom, qui change à chaque évaluation. L’environnement est fortement sécurisé, la médecine rend la mort improbable, si ce n’est de vieillesse. Les citoyens sont abreuvés de distractions afin d’oublier la monotonie de leur quotidien.

La Zone du Dehors est un roman d’exploration sociologique, qui extrapole les tendances de notre société actuelle. Pas de dictature à la 1984 ici. Les citoyens sont heureux et chacun surveille l’autre, pour veiller à son bien-être. La démocratie passe par les sondages télévisés, le contrôle de la société par les messages publicitaires. C’est bien plus efficace et beaucoup moins dangereux pour la classe dirigeante, qui est d’ailleurs plus gestionnaire que dirigeante.

Bien sûr, tout le monde n’est pas heureux. Des marginaux plus ou moins rebelles existent, certains luttant contre le système. L’histoire est celle de la Volte, un mouvement politique souterrain qui mène des actions de résistance, qualifiées de terroriste par le gouvernement. Réussiront-ils à bâtir l’utopie dont ils rêvent? Ou les citoyens ordinaires vivent-ils déjà dans une utopie?

La Zone du Dehors est un roman assez ardu à lire. L’action est diluée au milieu de nombreuses réflexions sociologiques et politiques, qui sont intéressantes, mais qui ne se dévorent pas (contrairement au suspens presque omniprésent de La Horde du Contrevent). De l’aveu même de l’auteur (l’édition que j’ai lue contient une postface plus récente), le livre date un peu (de 1999), car beaucoup des concepts qu’il invoque n’ont plus rien de futuriste ou sont devenus monnaie courante: puces RFID, caméras de surveillance omniprésentes, fichage par l’ADN, etc.

Cette clairvoyance de Damasio est le point fort qui m’a marqué dans ce livre. A part cela, ce fut une lecture plutôt fastidieuse, avec une fin que j’ai trouvée peu convaincante, renforçant l’impression qu’il s’agit plus d’un ouvrage sociologique que d’un roman. En fait, c’est ce qui me dérange: le bouquin est finalement assez théorique, avec pas mal de débats intellectuels, et ce n’est pas ce que j’attendais. Ce n’est même pas vraiment ce que je cherche, d’où ma déception.

Reste la postface, qui m’a plus parlé que le reste du livre. C’est un appel de Damasio à sortir de notre torpeur, à reprendre notre vie en main, à explorer de nouveaux chemins, bref à être vivants. Je ne pourrais être plus en accord avec cet appel. Alors bon, merci quand même, Bob Volte, et j’espère sincèrement que ton bouquin aura créé des vocations.