La maladie de Sachs

Posté le 16.01.2012

L'auteur de La maladie de Sachs, Martin Winckler est médecin autant qu'écrivain. Le héros de ce livre, Bruno Sachs, tout pareil. Ce livre est donc une forme d'autobiographie, mais pas complètement. On suit la vie quotidienne d'un médecin de campagne en France: les consultations au cabinet et celles à domicile, les interactions avec les habitants, les ragots du village, etc. Le style est très original: chaque chapitre a un narrateur différent, la personne qui interagit avec le Docteur Sachs. Chacun s'exprime à la première personne et parle de Sachs à la deuxième. Cela m'a un peu perturbé au début, mais je m'y suis vite fait et j'ai trouvé cela très agréable en fin de compte, cette manière de découvrir une personne de manière indirecte. Les chapitres sont très courts et le portait du docteur se construit à petites touches, comme un tableau pointilliste. Quelques chapitres sont des textes écrits par Sachs lui-même, parfois des mémoires, les seules parties où il s'exprime directement.

La première fois que j'ai senti une tumeur du sein, c'était dans le sein d'une femme avec qui j'étais en train de faire l'amour.

La maladie de Sachs, c'est avant tout des gens qui viennent raconter leurs problèmes à un médecin. Certains souffrent réellement, d'autres s'imaginent des choses, d'autres encore ont juste besoin de parler. Sachs fait partie de ces médecins qui croient aux vertus de l'écoute, plus que des médicaments, au point de se planter occasionnellement. La plupart des problèmes des gens sont d'origine familiale et ce roman livre une image bien sombre de la famille en général, et des rapports homme-femme en particulier. Heureusement qu'il y a quand même quelques couples heureux par-ci, par-là, dont le sien, finalement, quand il accepte d'ouvrir son coeur, recroquevillé par la peur du médecin qui ne veut pas se lier pour ne pas souffrir la perte de l'être aimé.

Qu'on le veuille ou non, on est toujours médecin. Mais on n'est pas tenu de le faire payer aux autres, et on n'est pas, non plus, obligé d'en crever.

J'aimerais croire que ce roman est exagérément pessimiste, mais ce n'est sans doute pas le cas. Quand je vois le nombre de couples qui se séparent ou qui vivent en se déchirant sur des broutilles, ce n'est pas très joyeux. Ceci dit, dans mon environnement direct, je trouve que cela va encore, sans doute une question de milieu socio-économique. Winckler - à travers Sachs - est également très dur envers l'establishment médical (et encore, "très dur" est un euphémisme par rapport à certains passages). Fort heureursement, mon exprérience personnelle avec les médecins est loin d'être aussi négative. Peut-être est-ce un problème plus aigu en France, où l'élitisme est un sport national.

Je pourrais donc émettre quelques réserves sur La maladie de Sachs, mais peu importe. C'est un très grand livre, à la fois dur et touchant, dont les protagonistes en bavent face à la vie et à la mort. Comme nous tous. Un roman totalement humain.