King Rat

Posté le 08.04.2016

J'étais à Londres, je venais de relire Neverwhere, j'ai décidé de rester dans la même veine. Je suis passé au Forbidden Planet (toujours aussi bien), j'ai acheté King Rat, de China Miéville, et je l'ai attaqué de suite.

Changement d'ambiance radical, comparé à Neverwhere. Là où Neil Gaiman nous propose une aventure rocambolesque et truculente, China Miéville nous plonge le nez dans la merde des bas-fonds londoniens. Le livre commence avec la mort du père du héros, défenestré par une étrange entité qui se fond dans l'ombre, grimpe aux murs comme un lézard et se faufile dans les moindres crevasses comme une anguille.

Saul est soupçonné du meurtre de son père. Alors qu'il croupit en garde en vue, une entité mystérieuse (une autre! Ou est-ce la même?) l'en fait sortir, l'entraîne dans les égouts et lui révèle sa destinée. Et sa destinée n'est pas grandiose. Il se trouve être l'instrument de vengeance d'une bien vieille histoire, instrument engendré de manière tout à fait sordide. Il peut se révolter, mais peut-il vraiment refuser d'affronter son némésis?

Le propos de Miéville est vraiment glauque et la critique sociale jamais loin, même si ce n'est pas le propos principal du livre, ce qui n'est pas le moindre de ses mérites. On côtoies des gens à l'abandon et la face sombre de Londres, loin des façades proprettes des banlieues aisées ou de celles clinquantes de la City. Sur ce fond, Miéville met en scène une très vieille légende, dans une nouvelle itération contemporaine, type "retour du fils de la vengeance", mais avec un vrai talent, pas une resucée hollywoodienne.

Après, il faut garder à l'esprit que King Rat est le premier roman publié de Miéville. Ca se sent quand même un peu. C'est très bon, mais ça n'atteint pas la brillance de ses oeuvres ultérieures, Iron Council en tête. Moyennant quoi, et si l'on n'est pas repoussé par des livres où il n'y pas de gagnant à la fin, ce serait dommage de se priver.