Juste après dresseuse d'ours

Posté le 29.10.2012

Il était une fois, une petite fille qui voulait devenir dresseuse d'ours. Puis, médecin. Généraliste. Ce qu'elle fit, traversant fac, externat, internat et premiers remplacements en cabinets. Et comme c'était une fille - devenue grande - moderne, elle blogua. Outre des couettes, Jaddo a aussi une certaine hargne et raconte les différents passages de sa jeune carrière avec un mordant qui ne dépareillerait pas sur un ring et un langage fleuri que l'on ne rencontre guère Quai Conti.

Comme lors d'une visite d'un studio de cinéma, il est fascinant de découvrir ainsi les coulisses de la médecine, de découvrir une doctoresse avec ses joies, ses peines et ses doutes. Et ses parties de World of Warcraft. Sur le fond, ce n'est pas une surprise totale. Si on veut bien regarder les choses en face, les médecins sont aussi des êtres humains, forcément faillibles. Sauf que l'on essaye généralement de ne pas y penser, surtout quand nous leur confions nos soucis et nos maladies. Or, quand Jaddo avoue qu'en dermato, elle patauge complètement, parce que rien ne ressemble plus à une tache rouge qu'une autre tache rouge (qui a une autre origine), ça laisse songeur.

Je trouve très sain de se confronter ainsi à l'humanité des docteurs et doctoresses. Sacraliser la médecine est le meilleur moyen d'aller au devant de grande déceptions le jour où un truc bizarre nous tombera sur le coin de la santé. Personnellement, j'ai commencé à douter des médecins en ayant des enfants. Quand vous voyez un pédiatre tripoter un enfant en bas âge dans tous les sens, dépourvu d'à peu près tout indice parce que le marmot ne parle pas, vous vous doutez que le médecin se la joue un peu à la roulette. Ajoutez à cette situation, El Hijo et son chromosome en plus, et ça commence à ressemble à une partie de colin-maillard médical, qui nous demande, à nous parents, d'aller régulièrement botter des culs pour faire affiner les diagnostics vaseux. Mais, bon, je digresse.

Les chroniques de Jaddo, réunies dans cette version papier (servie par une couverture de Boulet et une préface de Martin Winckler), forment une lecture très agréable. Parfois drôles, parfois tristes, trop souvent déprimantes. Quand on en vient à ses démêlés avec l'Urssaf, on touche au WTF monumental. Une bonne lecture, même si elle laisse parfois un goût amer.