Les fables de l'Humpur

Posté le 26.03.2014

Dans un futur indéfini, la Terre est occupée par des animaux anthropomorphes: des hommes-cochons (appelés "grognes"), des hommes-loups (hurles), des hommes-chats (miaules), etc. Les humains ont disparu et sont devenus des mythes, des dieux qui ont créé les hommes-animaux.

L'action se déroule dans une région appelée la Dorgne, qui correspond à la Dordgone. Le héros, lui, est un grogne du nom de Véhir. Vilain petit canard de son village, il est affligé de voir ses congénères se comporter de plus en plus comme des bêtes et rêve d'un amour romantique plutôt que du rut brutal et collectif. Prêt à rompre les lois des dieux humains imposées par les ecclésiastes locaux, il fuit son village et part vers la Grand Centre, rencontrer les humains qui y survivent, paraît-il.

Cette longue quête va passer par bien des péripéties, dont la moindre n'est pas sa nature elle-même. Véhir est né proie. Il a bien de la peine à surmonter ses réflexes face aux prédateurs, dont la hurle Tia qui se joint à son aventure. Le groupe de rebelles grossit jusqu'à quatre membres, avec l'adjonction de Ruogno le ronge et Ssassi la siffle. Non sans mal, ils finissent par parvenir dans le Grand Centre, que l'on devine aisément être le Massif Central. Ils y auront enfin la révélation du destin des humains.

Dans cet ouvrage, Pierre Bordage s'intéresse à la notion de civilisation: qu'est ce qui la constitue, comment son déclin s'opère, comment renaît-elle (de ses cendres ou pas)? A l'instar de La Fontaine, Bordage s'interroge sur la nature humaine à travers des animaux servant à forcer les différents traits. L'exercice est bien réalisé, dans un décor crédible, renforcé par un usage proportionné de dialecte.

J'ai toutefois trouvé ce livre longuet. Les péripéties s'accumulent et on ne compte plus les fois où les héros désespèrent et sont à deux doigts de jeter l'éponge. C'est le problème des romans qui racontent de grandes quêtes. Pour que ces dernières soient vibrantes, il faut de l'adversité, mais à trop accumuler les déboires, on lasse le lecteur. Les fables de l'Humpur est donc une lecture plaisante, mais dont j'ai eu de la peine à venir à bout.