Aucun souvenir assez solide

Posté le 22.07.2012

Après la magnifique découverte que fut La Horde du Contrevent, je n'ai pas hésité à lire ce recueil de nouvelles d'Alain Damasio quand je suis tombé dessus. Le livre contient dix nouvelles.

Il y a deux éléments qui frappent chez Alain Damasio: les idées et le style. Damasio fait preuve d'une grande originalité, les univers où se déroulent les nouvelles de ce recueil sont souvent surprenants, mais jamais déroutants, car Damasio sait nous donner les repères nécessaires. Quant au style, c'est ce qu'il y a de plus marquant. Damasio a un véritable don pour l'utilisation des mots. S'il lui arrive d'en inventer, il a surtout une capacité étonnante à utiliser des mots courants dans un contexte inhabituel, mais qui colle parfaitement. Ainsi, ses textes sont souvent très riches tout en restant abordables, car le vocabulaire n'est pas complexe. A quelques exceptions près, comme Une stupéfiante salve d'escarbilles écarlates, qui se passe dans la ville d'Alticcio, de l'univers de La Horde, ou la nouvelle qui donne son nom au recueil, un exercice de style de deux pages à peu près incompréhensible.

"Le petit-bourgeois, c'est l'homme qui s'est préféré", a dit Gorki. Vous vous êtes préférés partout. Terra cognita du fast-mood et des freeways. Jusqu'en A-Fric. Votre Tant est venu®, aviez-vous cru. Mais le Tant passe. Il est grand@ temps® d'à-prendre que la Terre™ n'est pas bleue™ comme une Orange™.

L'ouvrage s'ouvre en fanfare avec Les Hauts® Parleurs®. Damasio imagine un monde où les états-nations ont vendu leur vocabulaire à quelques multinationales pour éponger leurs dettes. Du coup, le moindre discours se voit pénaliser des royalties. Les Hauts Parleurs sont des résistants qui collectent jargons, néologismes et langues oubliées pour s'exprimer sans payer.

Sans entrer dans le détail de chacune des nouvelles, il me faut en relever quelques-unes qui ressortent du lot, comme So Phare Away, un monde fou régulièrement submergé par des vagues de bitumes d'où poussent immeubles et centres commerciaux, éclairé par des centaines de phares relayant des messages publicitaires ou, pour une poignée de résistants, des messages informatifs ou artistiques. Ou C@patch@ où des enfants tentent de survivre et de rejoindre leurs parents dans un monde aseptisé et connecté en permanence, Sam va mieux, exploration post-apocalyptique de la folie, ou El Levir et le Livre, incroyable défi posé au meilleur scribe du monde.

En plus des qualités déjà mentionnées, les textes de Damasio sont aussi militants pour la plupart: dérives commerciales, déficit de réalité dans un monde de plus en plus virtuel, commercialisation à outrance, les critique sont nombreuses, bien ciblées (comme la recherche du risque zéro dans Annah à travers la Harpe) et - évidemment - bien écrites.

Une excellente lecture qui ne m'inspire qu'un seul conseil: faites-vous péter les neurones avec deux rails d'imagination de Damasio, c'est de la bonne!