Black Summer, No Hero et Supergod

Posté le 29.07.2012

Black Summer, No Hero et Supergod forment une trilogie de comics sur le thème de la face cachée des super-héros, sur un scénario de Warren Ellis et des dessins de Juan Jose Ryp (Garrie Gastonny pour Supergod). En soi, le thème n'est pas nouveau et a déjà été exploré, en particulier dans Watchmen, d'Alan Moore. Warren Ellis lui donne un coup de jeune, cette série ayant été écrite entre 2008 et 2011. On y trouve ainsi des mentions des attentats du 11 septembre, de la guerre en Irak et d'autres événements contemporains.

C'est d'ailleurs le thème qui unit ces trois comics, qui peuvent sinon se lire séparément. Black Summer et No Hero se ressemblent. Tous deux parlent d'un groupe de super-héros créés pour combattre le crime et rendre le monde meilleur (what else?), mais qui cachent des secrets plus profonds et beaucoup moins avouables. Black Summer est très sombre, car ce sont les individus qui sont manipulés et qui sont face à leurs envies, leurs souffrances et leurs folies. Dans No Hero, ils sont complices de leur chef, dont le but ultime n'est pas vraiment le bien du monde, même si la présence de ses super-héros y contribue finalement.

Ces deux premiers tomes explorent l'éternelle question de la justice, de qui la rend et du danger de se placer au-dessus d'elle, même avec les meilleures intentions du monde. Le scénario est incisif et tendu, parfaitement servi des dessins gores à souhait de Ryp, qui dérapent parfois dans le pleinement cauchemardesque.

Supergod est un peu différent. Ici, les super-héros sont des surhommes créés par diverses nations du monde, parallèle avec la course à l'armement nucléaire, le tout mâtiné d'une recherche d'idôles, à l'instar du veau d'or. Chaque nation a tenté d'insuffler ses valeurs, de diverses manières, à son super-héros. Mais les surhommes ne sont plus des hommes et leur manière de réagir à leur bagage n'est pas toujours compréhensible. Non plus que leurs réflexions et, partant, leurs actions après leur émancipation. Inutile de dire que ça déconne à plein tubes. La narration est entièrement constituée des mémoires d'un scientifique britannique, à l'exception de rares dialogues entre surhommes. Cette structure inhabituelle donne un certain recul par rapport à l'histoire, qui colle tout à fait avec l'ampleur phénoménale des événements. Les réflexions menées sur l'état du monde en ce début de XXIème siècle sont proprement décapantes.

Warren Ellis écrit ses scénarios au lance-roquettes. Lisez cette trilogie et faites-vous décalquer le cerveau. Mention très spéciale à Supergod, qui confine au chef-d'oeuvre.