Un homme est mort

Posté le 27.10.2012

Début 1950: Brest, port allemand important pendant la Deuxième Guerre Mondiale, a été bombardé intensément par les Alliés. La ville est à reconstruire. Des milliers d'ouvriers sont là pour ça, logés dans des abris de plus ou moins bonne qualité. Ils sont payés honnêtement, mais les prix sont élevés en ces temps de pénurie. Du coup, les grèves s'enchaînent pour réclamer de meilleures conditions. Les dockers et les ouvriers du chantier naval s'y joignent parfois, car la pression du patronat est forte et les acquis du Conseil National de la Résistance commencent (déjà) à s'éroder

La tension monte. Le 17 avril, sans que personne ne s'y attende, la police ouvre le feu. Un manifestant, Edouard Mazé, s'effondre, une balle dans la tête. Au même moment, un jeune (à l'époque) cinéaste nommé René Vautier, est arrivé à Brest pour filmer le mouvement ouvrier. Il vient en clandestin, car le gouvernement lui en veut. Vautier vient de réaliser un film sur les méfaits du colonialisme en Afrique. Il ne reste (presque) aucune trace du film qu'il réalisa pour le mouvement ouvrir de Brest, mais il eut un grand impact dans la région.

Cette bande dessinée retrace l'épisode tragique du 17 avril, la réalisation du film et le marathon de projection qui s'en est ensuivi dans toute la région. L'histoire culmine avec la rencontre entre René Vautier et Paul Eluard, dont un poème sert de bande son au film.

Le projet a été porté par un certain Kris, dont le grand-père a participé aux manifestations. Il a voulu prendre cet événement pour en faire un exemple de ce qu'il s'est passé à une certaine époque, pour expliquer un certain contexte et la mécanique à l'oeuvre. Kris se revendique de l'histoire populaire et cite d'ailleurs Howard Zinn en exergue. Pour réaliser cette BD, il s'est associé à Etienne Davodeau, qui a participé au scénario et réalisé les dessins (avec beaucoup de justesse).

Un homme est mort est une BD remarquable. L'histoire est très bien racontée, il y des moments vraiment prenants et touchants, l'émotion intense des dernières projections est bien rendue et j'ai senti ma gorge se serrer. En plus, il s'agit d'un ouvrage largement militant, complété par un dossier historique et un autre sur la réalisation de la BD. Un livre qui devrait être mis entre toutes les mains, surtout de nos jours.