Transmetropolitan

Posté le 19.01.2013

Transmetropolitan est une bande dessinée de Warren Ellis, illustrée par Darick Robertson. Elle se passe dans un futur non spécifié, à tendance fortement cyberpunk, par l'omniprésence d'une technologie avancée et d'une mise en réseau globale de toutes les ressources. Quant à la société, elle n'est qu'une extrapolation de la nôtre: une population gavée de publicité, poussée à tous les extrêmes de la consommation, drogue et sexe en tête, avec des démunis par milliers soigneusement cachés dans des quartiers ghettoisés. L'action se passe aux Etats-Unis, dans une grande ville de la côte Est (qui a dit New York?). Ceci donne un mélange que je trouve très réussi de familiarité et de dépaysement.

Le personnage principal est Spider Jerusalem, un journaliste ivre de vérité, écorché à vif par sa relation d'amour-haine avec La Ville: elle lui fournit l'inspiration dont il a besoin, mais il la déteste en tant qu'environnement. Il alterne entre son désir de sauver ses habitants et des attaques de misanthropie pendant lesquelles il peut éclater la tronche du premier venu. Spider pratique un journalisme immersif et raconte ses histoires sur un ton très personnel. Difficile de ne pas voir planer l'ombre de Hunter Thompson et son journalisme gonzo.

To get to this stage, anyone wanting to be Candidate has had to learn to enjoy the special flavor of pressure-group dick. The question is: will the Smiler stagger on stage with lungs half-full of steaming lobbyist semen? Or will he merely be licking his lips?
Spider Jerusalem

La série raconte diverses histoires, parfois autonomes, parfois connectées. Assez vite, une trame se met en place avec les élections présidentielles. Spider va d'abord s'attacher à saboter le président sortant, pour découvrir que son remplaçant est encore bien pire et s'acharner à détruire sa carrière politique. Il n'y a pas que le poids des mots qui joue dans cette lutte, Spider recourt à des méthodes parfois peu orthodoxes. Quant au président, il est prêt à mettre La Ville à feu et à sang pour se débarrasser du journaliste maudit.

Transmetropolitan est une bande dessinée extraordinaire, dans tous les sens du terme. Elle sort réellement de l'ordinaire et elle se place sans problème dans le gratin du genre. Ellis nous propose un univers totalement déjanté, dans lequel on peut être dérangé la nuit par une tumeur intelligente qui se masturbe et autres délires improbables. Et pourtant, ce monde, comme je l'ai dit plus haut, paraît très familier, comme une exagération terriblement lucide de notre société. Il faut une sacrée vision pour faire ce genre de projection. Ellis y parvient avec classe.

Les mêmes remarques s'appliquent au personnage de Spider Jerusalem. Il est vulgaire, violent, souvent ivre ou drogué, mais génial. Il y au moins trois références sexuelles dans chacune de ses phrases, mais il débite néanmoins des vérités cinglantes. Les tragédies qu'il dénonce trouvent toutes leur écho à notre époque. Transmetropolitan est une critique de nos sociétés à coup de trique, d'hallucinations et de visions d'enfer. Sex, drug and rock'n'roll. Avec tout cela, ça reste drôle, je me suis parfois vraiment bidonné, les dialogues sont somptueux. Quel tour de force!

Sans oublier le dessin. Le travail de Darick Robertson est absolument remarquable. Il est totalement dans la veine du scénario: fou, exagéré, mais collant parfaitement au propos.

Transmetropolitan est chef-d'oeuvre, superbement réussi autant du point de vue du scénario que du dessin, incisif comme un scalpel nappé de vitriol, alternant humour et drame trash avec brio. Je vous le conseille sans retenue.

A noter que je l'ai lu un VO. Il existe une traduction française, mais je ne sais pas ce qu'elle vaut. J'ai des réserves au vu du texte anglais.