Saison brune

Posté le 28.07.2014

Saison  brune est une bande dessinée de Philippe Squarzoni, qui parle du réchauffement climatique. En très résumé. Et, dit comme ça, je dois avouer que ce n'était pas une lecture qui figurait parmi mes plus grandes priorités, car je me considère déjà assez bien renseigné sur le sujet. Convaincu, aussi. J'ai fini par emprunter cet ouvrage et grand bien m'en a pris: il est bien plus profond qu'on pourrait le penser de prime abord.

Au début, était un autre livre. Squarzoni est occupé à dresser un bilan des années Chirac (une BD appelée Dol). Sur le chapitre de l'environnement, il se rend qu'il ne connaît pas grand-chose au réchauffement climatique. Il commence à se renseigner sur le sujet. Six ans plus tard, il sort Saison brune.

Une grosse partie de la BD est occupée par une explication des différents mécanismes globaux qui font le climat et comment ceux-ci sont impactés par diverses variations, que ce soient celles, naturelles, du cycle du soleil ou celles, artificielles et récentes, des êtres humains. Squarzoni s'attache à tout expliquer. Ainsi, même quand il parle du GIEC, il détaille sa structure et son fonctionnement.

Une autre partie importante de l'ouvrage porte sur la questions sociale, car on ne peut pas en faire l'impasse. Primo, car c'est notre système économique qui nous pousse dans le mur. Secundo, car c'est toute notre société qui va changer sous le coup du réchauffement climatique. Soit on y arrive avant et on parvient à freiner (mais pas à s'arrêter, c'est trop tard), soit on s'écrase dans le mur et on change dans la douleur. Surtout, Squarzoni explore comment nous sommes pris dans le système et à quel point il est difficile de changer nos habitudes, même lorsque l'on est pleinement conscient du problème.

Pour illustrer ce dernier aspect, Squarzoni se met en scène. Il y a une couche d'autobiographie dans Saison brune. On découvre ainsi l'auteur face à ses craintes, ses doutes et ses contradictions. Par exemple, pour ne pas prendre l'avion, il renonce à une invitation au Viêt-nam, mais finit par aller à New York avec son amie deux ans après. Comment réduire sa consommation? De quoi se priver? Qu'est-ce qui est vraiment inutile? Nous sommes tellement habitués à notre confort… Squarzoni livre un chiffre choc: pour tenir les objectifs de réduction des gaz à effet de serre aux niveaux préconisés par le GIEC, notre train de vie devrait se réduire à celui d'un Indien défavorisé. Mission impossible.

Saison brune est un bouquin remarquable. Il couvre en détail la question, sans être trop lourd. Il n'ignore pas l'aspect social, qui est fondamental. Mais surtout, loin d'être un simple brûlot écologique, il aborde de front la douloureuse question du changement personnel et sociétal nécessaire. Sans surprise, l'auteur n'a pas de réponse à apporter. Si c'était simple, on l'aurait sans doute déjà fait. Le lecteur se retrouve ainsi aux côtés de l'auteur, pris dans les mêmes angoisses et les mêmes doutes. Saison brune instruit et fait réfléchir, ce ne sont pas les moindres de ses qualités.