Par les chemins noirs, de David B.

Posté le 16.05.2011

Par les chemins noirs est une bande dessinée qui se déroule dans l'Etat Libre de Fiume, un petit territoire autour de la ville de Fiume (devenue Rijeka), qui a existé indépendamment entre 1920 et 1924. Sa fondation résulte du chaos de la fin de la Première Guerre Mondiale, ses premières valeurs ont été l'anarchie et le fascisme et son premier dirigeant un poète, Gabriele D'Annunzio. Il a fini par être rattaché au Royaume d'Italie en 1924.

L'histoire se situe un peu avant, en 1919. L'Etat Libre n'existe pas encore, il s'agit juste de la ville de Fiume, dans laquelle se sont retranchés les troupes de D'Annunzio, assiégées par les Italiens. La ville est en proie au chaos, non seulement à cause de son gouvernement fantasque, mais aussi à cause des nombreux soldats, mercenaires et autres groupuscules idéalistes qui se bousculent en son sein. Sans parler des criminels de tout poil, qui jouissent d'une situation idéale.

C'est justement un tel groupe que l'on suit: quelques soldats qui s'ennuient ferme à cause du siège, désabusés par leur hiérarchie et qui se livrent à divers larcins, autant pour s'enrichir que pour s'occuper. Le personnage principal est un membre de ce groupe, fatigué par la guerre et hanté par les fantômes de ses compagnons morts. Il va avoir une liaison avec une femme rencontrée lors d'un coup de force, mais ne parvient pas à habiter cette relation, trop perdu dans son passé.

Le mal-être du personnage principal se mélange au chaos qui règne dans Fiume. Le style de David B. se prête à merveille à ce contexte onirique, souvent plutôt cauchemardesque. Cela fait de Par les chemins noirs une bande dessinée remarquable. Non seulement, l'histoire est prenante, d'un point de vue intimiste, mais le contexte dans lequel elle se déroule est tout à fait fascinant. Le dessin de David B. accroche autant qu'il me mal à l'aise par moments. J'ai vraiment beaucoup aimé.