Meteors

Posté le 26.02.2014

Dans l'univers de Meteors (BD en trois tomes de Fred Duval et Philippe Ogaki), les humains ont abandonné la gestion de la planète aux Intelligences Artificielles (IA). Les problèmes sociaux et environnementaux sont bien trop complexes. Cela implique, bien sûr, de renoncer à une partie de ses droits. Il faut obéir aux décrets des IA, puisqu'elles savent ce qui est bon pour nous. Sans surprise, il existe des poches de résistance, un peu partout dans le monde, les zones dites "analogiques".

C'est sur cette base relativement classique que démarre la bande dessinée. Pour tout dire, le premier tome m'a passablement énervé par son accumulation de clichés. J'ai presque failli laisser tomber. Vu qu'une BD ne pèse pas bien lourd en termes de temps de lecture, j'ai continué et grand bien m'en a pris.

En effet, le contexte et l'intrigue ne tardent pas à s'étoffer. Le front des IA n'est pas si uni que ça. Elles sont divisées, notamment sur une ligne technologique, entre IA plus modernes et plus anciennes. De plus, elles ont une peur bleue que les humains rencontrent une race extraterrestre, qui serait plus puissante que les IA et les soumettrait. Elles ne peuvent s'imaginer accepter cela et font tout, du coup, pour empêcher les humains d'établir un contact. Les conséquences de ces tensions vont être dramatiques.

J'ai apprécié que cette bande dessinée parte du postulat somme toute classique des humains abdiquant le contrôle de la situation aux IA et le dépasse pour montrer les IA elles-mêmes inquiètes de perdre le contrôle. Il y a dans cette oeuvre une critique sociale très claire. Les IA surveillant tout et décrétant des activités comme subversives ne peuvent que faire écho à l'hypersurveillance dont notre société est malade. Et encore, la série s'est terminée bien avant que n'éclate le scandale de la NSA et consorts.

J'ai également bien aimé le concept des zones analogiques, ces zones de résistance qui ne sont pas juste une poignée de rebelles en armes, mais de vrais endroits de vie, avec leur société, leurs règles, etc. Elles ne sont pas non plus peuplées des luddites, loin de là. Leurs habitants utilisent des technologies modernes. Ils refusent simplement certaines d'entre elles. Cet aspect me parle. J'y trouve un écho de la coopérative où j'habite, qui est loin d'être un nid de rebelles, mais où l'on défend certaines valeurs plus humaines. Sans parler des projets que nous berçons avec quelques voisins et dont j'aurais sans doute l'occasion de vous parler d'ici quelques temps, quand nous aurons posé des éléments plus concrets.

Bref, Meteors est une bonne BD, avec une intrigue solide. Le dessin, très influencé par le manga, ne plaira peut-être pas à tout le monde. J'en suis moyennement fan, mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier l'oeuvre.