Les cahiers russes

Posté le 23.06.2016

Avant d'attaquer Les cahiers russes d'Igort, je pensais avoir affaire à des carnets de voyage et me réjouissais de découvrir des aspects insolites de la Russie, vus par un dessinateur de BD. J'ai vite déchanté. Peut-être que si j'avais remarqué d'entrée le soutien d'Amnesty International…

Igort part d'un fait divers tragique, l'assassinat, le 7 octobre 2006, d'Anna Politkovskaya, journaliste, écrivain et défenseur des droits de l'homme. Publiquement opposée à la seconde guerre de Tchétchénie menée par Vladimir Poutine, elle a mené de nombreuses recherches sur le terrain, pour montrer les exactions commises sur le terrain par l'Armée Rouge. Et, si possible, faire condamner les responsables. Elle a été abattue de plusieurs balles, dans l'ascenseur de son immeuble.

Ce livre, bande dessinée lorgnant vers le roman graphique, retrace le parcours de cette femme. Il illustre également les horreurs qu'elle a pu voir ou qu'on lui a racontées. C'est là que l'on est très loin du joyeux carnet de voyage. Il y a plusieurs récits de tortures extrêmes. A chaque fois que je suis confronté à ce genre d'horreurs, j'ai l'impression d'être face à un abysse, un puits sans fond, une incompréhension totale de comment des êtres humains peuvent infliger de telles violences à d'autres êtres humains.

J'ai mis un moment à me remettre de cette lecture. J'aurais pu abandonner en route, comme je l'ai fait par le passé avec certains albums trop violents. Le fait qu'il s'agisse ici de la réalité m'a tenu captif, m'a poussé à aller voir jusqu'au fond de l'abîme ce qu'il s'y trouvait. A moins d'avoir un intérêt particulier pour l'histoire russe ou une fascination morbide, je ne vous recommande pas la lecture de cet ouvrage.