Klezmer

Posté le 02.02.2007

Klezmer est une bande dessinée de Joann Sfar. Si je me situe bien (mais j'hésite), elle se passe quelque part avant la Deuxième Guerre Mondiale, mais après la Révolution d'Octobre. L'histoire se déroule en Russie et commence aux abords d'un petit village juif. Une bande de musiciens y arrive en espérant y donner une représentation, mais elle se fait massacrer. Un seul en réchappe. Il va être suivi par une femme qui n'en peut plus de vivre dans ce village. Sachant qu'il est musicien, elle se met à chanter tout au long du chemin.

Pas très loin de là, un autre groupe se forme: un jeune homme chassé de sa yeshiva et heureux de cette nouvelle liberté, un homme plus âgé, lui aussi chassé de sa yeshiva, mais pas heureux du tout, et, élément hétéroclite, un bouillonnant tzigane, dont les compagnons se sont également fait massacrer.

Tout ce petit monde converge vers Odessa et va finir pas se retrouver au cours d'une soirée d'anniversaire. Un nouveau groupe est né, dans la douleur.

Klezmer est une bande dessinée passablement atypique, à plusieurs points. Tout d'abord, Sfar l'a colorisée à l'aquarelle, technique assez rare en BD et le résultat est assez inhabituel. C'est loin d'être laid, mais c'est très particulier. Ensuite, pour moi qui avait l'habitude du Chat du rabbin, c'est bien une histoire de Juifs, mais très différente. Déjà, c'est nettement moins joyeux. En plus, comme le détaille Sfar dans la postface du premier tome, les personnages de Klezmer ne sont pas religieux. Et se pose alors la question fondamentale: un Juif qui n'est pas religieux est-il encore un Juif?

Pour Sfar, la réponse est dans la musique. Toute personne pratiquant, appréciant ou fredonnant de la musique klezmer porte avec elle un petit morceau de l'histoire du peuple juif. Grâce à cette musique, les Juifs ne se retrouvent plus seuls à porter le poids de leur histoire. Sfar écrit bien d'autres choses dans cette postface, et je dois dire que c'est la partie de la BD que j'ai préférée (la postface du tome 2 tourne autour de l'aquarelle, ce qui m'a moins passioné).

C'est donc une bande dessinée assez étrange, souvent glauque, mais avec des moments aussi très humains. J'ai été moins pris que par le Chat du Rabbin, mais c'est tout de même une lecture intéressante.