Goražde

Posté le 17.09.2013

Lors de la guerre civile en Bosnie, l'ONU définit six zones sécurisées pour protéger les populations musulmanes des massacres perpétrés par les Serbes (bosniaques séparatistes, largement épaulés par l'armée serbe régulière). Les Serbes s'assiéront largement sur l'ONU et seule l'enclave de Goražde survivra – tant bien que mal (surtout mal, en fait) – à la guerre. Le massacre de Srebrenica poussa enfin l'ONU à agir (ou plutôt, à passer le bébé à l'OTAN). Lors des accords de Dayton, Goražde, enclave musulmane isolée en territoire serbe, aurait dû être échangée contre une autre partie de la Bosnie, mais sa sauvegarde était devenue, fort tardivement, un point d'honneur.

On ne peut pas dire que Sacco choisisse la facilité pour ses bandes dessinées documentaires. Certes, un cessez-le-feu était en place, mais il était fragile et la région de Goražde était loin d'être totalement pacifiée, en tout cas lors de ses premières visites. Contrairement aux journalistes ordinaires, qui, à l'époque, allaient faire un petit reportage dans la ville martyre et retournait rapidement à l'abri, Sacco a passé des jours et des semaines sur place, en plusieurs séjours.

Ceci lui permet non seulement de montrer le difficile quotidien des habitants, mais de collecter de nombreux témoignages sur ce qu'il s'est passé à Goražde, ainsi que dans d'autres enclaves musulmanes, dont Srebrenica. Inutile de dire que l'on ne rigole pas beaucoup en lisant cette BD, même si les situations comiques ne sont pas totalement absentes.

Tout n'est pas noir non plus, car Goražde n'est pas qu'une histoire de mort. C'est aussi une histoire de vie, celle de ceux qui ont survécu à la guerre, et dont l'existence reprend son cours au fur et à mesure que les Serbes lâchent le morceau. Le principal guide de Sacco va finir par retrouver Sarajevo et reprendre ses études. Une couche de normalité qui vient se mettre sur de profondes blessures.

Goražde est une BD remarquable. Âmes sensibles s'abstenir.