DMZ

Posté le 18.09.2011

DMZ est un comic américain, disponible en français. L'histoire se déroule à peine quelques années dans notre futur. Lassée d'être abandonnée à elle-même au profit de guerres obscures dans des pays lointains (Irak, Afghanistan), la population américaine se soulève. Un mouvement de contestation venue de l'Ouest traverse les Etats-Unis, grossissant à chaque ville traversée. Une guerre civile se profile. Le temps que l'armée régulière soit rapatriée, le front se stabilise aux alentours de New York. Suite à une armistice, Manhattan devient une DMZ. Un demi-million de personnes y sont piégées, survivant dans une zone sans loi, victimes arbitraires des snipers, des gangs et des raids des deux parties: les Etats-Unis d'Amérique et l'Alliance des Etats Libres.

Une chaîne télévisée couvre en premier les événements: Liberty News, voix du gouvernement américain (toute ressemblance avec une chaîne existante serait absolument fortuite, bien sûr). Le premier tome s'ouvre avec l'arrivée dans la DMZ d'un reporte vedette de Liberty News, pour couvrir l'action au plus près. Le plan part immédiatement en sucette: l'hélicoptère se fait abattre pas des snipers, le journaliste vedette est tué. Reste l'assistant qui venait d'être engagé pour le seconder, un photographe amateur qui n'a plus qu'à se jeter à l'eau et faire ses armes de journaliste sur le tas. Matty Roth est ainsi le héros de la série, héros bien malgré lui et qui s'en prend régulièrement plein le tronche. Chacun voit l'intérêt qu'il peut tirer d'un journaliste, et Matty, passablement naïf, se fait manipuler à qui mieux mieux.

DMZ est une excellente bande dessinée. C'est une critique acerbe des Etats-Unis et des guerres qu'ils ont menées ces dernières années, transposées ici dans le contexte d'une guerre civile. On y trouve aussi une société nommée Trustwell, dont le parallèle avec Haliburton est vite tracé. Les histoires sont sombres, mais de qualité, dans l'ensemble. Le dessin est à l'unisson, à part quelques histoires courtes réalisées par des dessinateurs invités, qui détonent un peu. La série compte neuf tomes en français, pour l'instant, les 4 premiers formant le dessus du panier, à mon avis.

Le troisième tome bénéficie d'une préface particulièrement percutante de Cory Doctorow. Le quatrième tome est un de ceux qui m'a le plus marqué. Il met en scène le procès d'un troufion à propos d'un massacre perpétré au début de la guerre: l'armée mitraille dans le tas lors d'une marche pacifique. Evidemment, aucun gradé n'est inquiété et c'est un simple soldat, totalement perdu, qui va servir de condamné expiatoire. L'histoire est renforcée par la préface, signée par un sergent de l'armée américaine, qui dit que c'est exactement comme ça que ça se passe.

DMZ, c'est de la toute bonne daube, mais pas pour se remonter le moral.