Azrayen'

Posté le 03.10.2013

Aucune guerre n'est belle, ni propre. Les guerres coloniales n'ont pas échappé à la règle, surtout pas celle d'Algérie, à propos de laquelle la France s'obstine à ne pas vouloir faire son devoir de mémoire. Tout oeuvre évoquant le sujet est donc la bienvenue, quelle que soit sa forme, en l'occurrence, la bande dessinée.

Or donc, la guerre d'Algérie a été particulièrement sale, surtout après l'arrivée du général Massu et les pleins pouvoirs qui lui avaient été donnés. Pas de quartier pour les Algériens. Les soldats trop timorés étaient mutés dans les SAS. Rien à voir avec leur homonyme britannique, il s'agissait des Sections Administratives Spécialisées, dont le but était d'amener éducation et soins aux populations autochtones.

Dans cette BD, on suit la section du capitaine Valera, chargé de retrouver une SAS disparue en pleine Kabylie. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Evidemment, les soupçons pèsent fortement sur les djounouds, les indépendantistes. Valera ne va pas lésiner sur les moyens pour obtenir des réponses à ses questions, peu importe que ces dernières ne soient pas les bonnes.

Historique mais fictif, le scénario de cette bande dessinée s'appuie sur les souvenirs du père de Frank Giroud, le scénariste, vétéran d'Algérie. Souvenirs auxquels viendront s'ajouter ceux d'autres vétérans français, puis algériens. Cette genèse est racontée dans un supplément à la fin du deuxième tome, à la fois passionnant et touchant. En effet, Frank Giroud ne savait rien sur le passé de soldat de son père, avant de tomber par hasard sur ses carnets de souvenir.

Il propose alors à son père de faire une bande dessinée à partir de cette base. Son père adhère à l'idée, puis d'autres vétérans. L'histoire du premier repérage est fascinante. Pour les vétérans, c'est un retour en Algérie plus de 40 ans après la fin de la guerre d'indépendance. Et la situation n'est pas rose: la guerre civile vient de commencer, le couvre-feu est en place à Alger. Etrange sentiment de déjà vu. Heureusement, la Kabylie est plus tranquille (pour l'instant). Ils pourront faire leurs repérages qui seront, notamment, l'occasion d'étonnantes rencontres entre anciens soldats français et vieux djounouds.

Azrayen' est une très bonne BD, autant par son scénario que par ses dessins (à noter que le père de Lax, le dessinateur, a aussi servi en Alégrie). Elle permet de se plonger, modestement, dans une guerre peu connue. Le cahier historique l'enrichit remarquablement.