Aldébaran et Bételgeuse, de Leo

Posté le 30.04.2009

Depuis peu, je me suis inscrit aux Bibliothèques Municipales de la Ville de Genève. J'ai été séduit, en particulier, par le choix immense de BD. Moi qui croyais que les bibliothèques publiques étaient vieilles et poussiéreuse, je me trompais du tout au tout. Elles achètent régulièrement des nouveautés et sont, en tout cas du point de vue de la BD, remarquablement bien achalandées.

Or, justement, je commence à saturer un peu au niveau BD: les séries s'entassent sur mes étages et le taux de relecture n'est pas très élevé. Bref, de la même manière que les soirées Joca me permettent de tester des jeux sans les acheter, les Bibliothèques Municipales me permettent de lire des BD sans gréver mon portefeuille, ni faire ployer mes étagères. De plus, comme tout cela est gratuit, on peut se permettre de tester des livres que l'on aurait sinon ignorés.

Pour ma première visite, j'ai jeté mon dévolu essentiellement sur les séries Aldébaran et Bételgeuse, de Leo. Il faut dire que cela représente déjà 10 tomes! J'avais déjà lu Aldébaran chez un ami il y a très longtemps, mais je n'en gardai que des souvenirs flous, quoique positifs. Je m'y suis donc replongé et ai littéralement dévoré les 10 tomes. Hélas, trois fois hélas, l'histoire ne sera complète qu'après une troisième série de 5 tomes, Antarès, dont seuls 2 sont publiés à l'heure actuelle. Au rythme de l'auteur, cela devrait nous amener aux environs de 2012, pour une série commencée en 1994. Quel monument!

Tout cela est bien beau, mais de quoi ça cause? Il s'agit d'une série de SF. Aldébaran est le premier monde colonisé par les Terriens. Ils y ont trouvé une planète à la géographie agréable, à la faune et flore riches et relativement peu dangereuses, à part la faune marine, abondante et peu connue (Aldébaran compte encore plus d'océans que la Terre). Le principal problème est que, les colons à peine arrivés, le contrôle du vaisseau a été perdu et le contact avec la Terre a été rompu. La BD commence environ 100 ans après ces faits. La colonie s'est bien développée et se débrouille comme elle peut, sans contact avec sa mère patrie. Malheureusement pour les habitants, sous la pression des événements tragiques du début, le gouvernement qui s'est mis en place est de nature dictatoriale.

Une créature apparemment très puissante, vivant dans les océans, vient alors semer le trouble dans cette colonie, qu'elle va complètement bouleverser, en liquidant le gouvernement en place, en sélectionnant un groupe de personnes de remplacement et en rétablissant le contact avec la Terre en détournant un vaisseau spatial. Rien que.

Le deuxième cycle se déroule sur la planète Bételgeuse, seconde colonie terrienne, dont le début a été encore plus difficile que celui d'Aldébaran. Ici, seuls une poignée de colons ont survécu au voyage interstellaire, et encore ont-ils réussi à se diviser en deux clans. Dans ce deuxième cycle, on retrouve la même créature étrange et les mêmes héros que dans Bételgeuse.

Ces deux cycles forment une excellent série. Le scénario est prenant, encore plus dans le deuxième cycle que dans le premier. Le dessin est agréable, voire carrément magnifique en ce qui concerne les créatures extraterrestres (la série est très orientée sur la faune, une bonne partie des héros sont des biologistes). J'ai été vraiment scotché et dépaysé. Bien sûr, on retrouve des clichés de la SF que l'on aurait pu éviter, comme la race extraterrestre plus évoluée et bienveillante et qui ne comprend pas l'agressivité des humains. On peut aussi reprocher à la série un certain manichéisme aussi bien dans la psychologie des personnages que dans la sociologie des colonies. Ceci ne m'a toutefois pas empêché de prendre un grand pied à cette lecture.

J'ajouterais encore que cette série aborde un thème très intéressant, qui est celui du financement de la colonisation de planètes lointaines. On peut effectivement imaginer que, si cela devait arriver un jour, ce seraient des entreprises extrêmement coûteuses, qui nécessiteraient des fonds privés. Ce qui impliquerait un objectif de rentabilité assez éloigné du seul bienfait à l'humanité. Notez que, puisque l'on nage de toute façon en pleine science-fiction, on peut aussi espérer que le système en vigueur à l'époque où nous coloniserons d'autres planètes ne sera plus capitaliste... La série Nightdawn's Trilogy, de Peter Hamilton, évoquait aussi, de manière plus centrale, ce thème du financement et de la rentabilité des colonies. Dans une mesure un peu moindre, on trouve aussi des réflexions sur ce thème dans la série Firefly, où l'on voit bien que les colonies lointaines ne vivent pas dans le confort et le luxe des mondes "centraux". Tout cela donne une matière à réflexion que je trouve très intéressante dans l'optique d'un univers de jeu de rôle (oui, je sais, je n'ai plus le temps, mais ça n'empêche pas de réver!).

Je vous laisse avec deux extraits de planches, qui vous permettront de voir les magnifiques créatures imaginées par Leo. Peut-être n'ont-elles aucun rapport avec les réalités de la biologie, mais il faut en faire abstraction et juste se faire plaisir aux yeux.